LA RIDICULE GUERRE SCOLAIRE DÉPARTEMENTALE
DANS LES ANNÉES 1960
Sous-titre : J’ai amplement
donné
Récemment par maladresse, un membre du
gouvernement a failli raviver les braises couvant sous les cendres de la guerre
scolaire qui a sévi en France de 1850 à 1984.
Mon aventure d’adolescent mérite d’être
connue. Le texte ci-après est long mais je pense que vous le lirez jusqu’au
bout : incroyable mais vrai
1 ISSU DE
2 FAMILLES LAÏQUES ET RÉPUBLICAINES :
Je suis issu
de 2 familles républicaines et laïques. Un arrière grand-oncle à mon père,
vicaire général avait « bouffé » 7 propriétés rurales près de la
Midouze. Mon père et sa sœur institutrice étaient laïques, républicains et
sympathisants du parti radical. Mon père fut élu en 1937 conseiller
d’arrondissement, front populaire à Saint Sever et premier adjoint en 1945.
Ma mère
était républicaine, catholique pratiquante mais pas au point d’envoyer son
enfant à l’école catholique. Mon arrière-grand-père fut élu un des premiers
conseillers municipaux républicains à Saint Sever au début du 20ème
siècle.
2 AUX ÉCOLES MATERNELLE ET PRIMAIRE LAÏQUES :
Je débutai à
5 ans à l’école maternelle publique de l’actuelle rue Louis Fournier.
Ensuite j’ai
poursuivi normalement ma scolarité primaire rue de la Navarre. En CM2, j’avais
comme instituteur le futur directeur du cours complémentaire public de Saint-Sever.
3 PROJET
DE DEMI PENSION EN 6ème AU LYCEE VICTOR DURUY :
Au printemps
1958, il fallait que je rentre en 6ème. D’une santé fragile, la
doctoresse scolaire avait noté : « frise le rachitisme »,
ma mère m’avait inscrit comme demi pensionnaire à Victor Duruy car le futur
collège public de Saint-Sever n’ouvrit ses portes qu’en octobre 1959.
Ce lycée
était, j’ose écrire familial, mon père, mon grand-père et mes 3 oncles
maternels y furent élèves entre 1890 et 1936. Mon oncle Paul mourut suite à un
refroidissement lors d’un début d’incendie à l’internat.
Elle avait
obtenu une bourse du ministère et une petite aide mensuelle de la caisse de
retraite des vétérinaires, mon père étant décédé le 10 décembre 1954.
4
OUVERTURE DU COLLÈGE PRIVE :
Le 16
janvier 1958, l’archiprêtre Maurice Bucau meurt et l’évêque nomme Jean
Guichement. L’enseignement catholique avait ouvert clandestinement une classe
de 6ème avec 2 élèves filles en octobre 1957. Il est décidé d’ouvrir
officiellement un cours complémentaire privé à la rentrée d’octobre 1958
prenant de vitesse le ministère de l’éducation nationale engluée par le
changement de république.
Le nouvel
archiprêtre a décidé de visiter tous ses paroissiens en commençant par les
voisins du presbytère. Ma mère lui explique sa crainte de mon demi-pensionnat à
Mont de Marsan en raison de mon état de santé.
Il lui
explique que l’évêque nomme comme directeur, l’abbé René Gourgues, montois
d’origine, en poste à l’école privée de Laluque.
Ma mère pour
garder le « petit » sur place m’inscrit au C.C. privé. Nous fûmes 4
en 6ème avec 2 professeurs, Gourgues et une religieuse basque
espagnole pour la langue castillane.
Scandale
dans mes 2 familles et pour le futur directeur du CC public, mon instituteur du
CM2.
5
INSCRIPTION POUR ENTRER EN SECONDE A DURUY :
Au deuxième
trimestre de ma 3ème, ma mère m’inscrit à Victor Duruy où mon père,
mon grand-père maternel et 3 oncles avaient été élèves depuis la fin du 19ème
siècle. Un de mes oncles interne est décédé suite à un refroidissement lors
d’un début d’incendie nocturne.
A l’examen des bourses, à l’oral d’histoire de
géographie, Monsieur Lespès, ancien instituteur bachelier, promu professeur
PEGC me donne le sujet d’histoire : « le front populaire ». Il
me questionne comme s’il s’agissait de l’oral de la licence d’histoire.
Je suis
collé et je n’ai pas demandé mes notes.
J’AI EU MA
REVANCHE. Fin 1972, pion d’internat à Duruy, je rencontrais Lespès,
régulièrement qui était alors sous-directeur du collège Duruy (ex collège des
arènes). Les jours suivants l’obtention de ma maîtrise de géographie urbaine et
d’aménagement du territoire avec mention bien, je rencontre Lespès dans un
couloir. Je n’ai pas eu mention très bien, dixit le doyen Louis Papy président
du jury car j’avais fait un gasconisme en écrivant deux fois pallier aux.
Je lui ai
rappelé malicieusement son « charcutage » du printemps 1962 et mon
nouveau diplôme universitaire que j’ai comparé à son parcours à l’EN de Dax.
Vous savez cette « université » formatrice de cadres de la S.F.I.O.
et du futur PS.
Je suis reçu
au BEPC juste en dessous de la mention assez bien à cause de l’orthographe.
6 EXAMEN D’ENTRÉE EN SECONDE A DURUY
L’examen
d’entrée pour passer du privé au public est de nos jours supprimé si
l’établissement privé est sous contrat. En 1962, il y avait 2 sessions :
fin mai et fin septembre.
Je reçois
une convocation pour la session de septembre donc je n’avais qu’une chance sur
2. On était loin de prévoir la suite des évènements.
7 COLLE
ET NON INSCRIT POUR REDOUBLER LA 3ème A DURUY
Cette
session était très proche de la rentrée, elle comprenait Français, Math,
Espagnol. Je réussis bien en math et je suis moyen dans les 2 autres matières.
Quand la
mère appelle pour avoir les résultats. Je n’ai pas la moyenne, je suis donc
collé. Elle demande au proviseur que je redouble à Duruy.
Réponse :
« Je ne vous ai jamais dit que votre fils était admis à Duruy, vous
n’avez qu’à le foutre à Cendrillon ou le faire redoubler là où il était. »
Tout
naturellement, l’abbé René Gourgues m’accueille en 3ème en étudiant
libre. Je n’allais qu’aux cours de math, de français et d’espagnol. Très
original, j’étais étudiant libre à 14 ans.
8 BRANLE
BAS DE COMBAT A ST SEVER : INFORMATION DU MINISTRE, DU RECTEUR ET DU
DIRECTEUR DES SERVICES VETERINAIRES, EVEQUE…
Etant le
premier élève sortant du collège privé à vouloir entrer à Victor Duruy dans le
landerneau saint séverin ce fut le branle-bas de combat :
-
Le
député Jean Marie Commenay alerta Pierre Sudreau alors ministre de l’éducation
nationale.
-
L’Archiprêtre
Guichement m’amena à 14 ans voir Robert Bézac, l’évêque de Dax. Le hasard
voulut que dans son enfance périgourdine « Monseigneur » avait comme
camarade le recteur de l’académie de Bordeaux
-
Ma
mère veuve de vétérinaire alla voir le docteur Labatut Directeur des Services
Vétérinaires des Landes et ami de mon père décédé.
La ligne
unique du téléphone de Duruy chauffa...
Quelques
jours après, le DSV envoya un vétérinaire libéral montois pour proposer à ma
mère le « marché » suivant qui voulait sauver la face aux deux
parties :
« Votre
fils passe un examen pour entrer en 3ème à Duruy. Il sera
reçu et redoublera à Mont de Marsan.
Ma mère
furieuse contre ce 4ème examen en 5 mois dit au délégué
montois : Pas de cirque, il doit redoubler la 3ème et bien
il redoublera à Saint Sever au collège privé.
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Portail fermé
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A noter qu’à
l’automne 1962, les membres de mes 2 familles, fonctionnaires de l’Education
Nationale furent très discrets, on ne les vit pas à Saint Sever et on ne les
entendit pas au téléphone. Seule ma cousine germaine (ma marraine) agrégée
d’espagnol m’envoya par la poste son cadeau de Noël.
ANECDOTE :
L’académie des Landes envoie, par erreur (?), le diplôme de mon brevet au
collège public. Le directeur l’envoie à ma mère par un élève de mon quartier…
Elle signe l’accusé de réception et le donne à l’élève facteur.
9
PRINTEMPS 1963 :
Grâce à la
« micheline » de la ligne Mont de Marsan- Dax, début mars 1963, ma
mère et moi seuls, nous allâmes à Victor Duruy pour m’inscrire à l’examen
d’entrée en seconde. Aucun membre de mes deux familles ne s’était porté
volontaire pour accompagner la veuve et l’orphelin.
Le proviseur
M. Guinez marmonna une réponse à nos salutations et dit : « le
pape aussi a le téléphone ».
En mai 1963,
je suis convoqué à l’examen d’entrée en seconde où je me rendis seul par le car
de ligne et le retour en auto-stop au passage à niveau de la gare. Le midi,
j’ai été déjeuner dans une cantine catholique située dans un ancien hôtel 18ème
de la rue Armand Dulamon.
Lors de la
distribution des 3 sujets, je fus très surpris : c’étaient les mêmes
sujets que l’an passé.
Ce fut
facile pour moi puisque mes profs du collège privé m’avaient un an avant
demandé de reproduire mes copies par écrit et ensuite donné les corrigés types.
Pour eux, je dépassais la moyenne. Curieux n’est-ce pas ?
Je fus reçu
sans connaître les notes de 1962 et de 1963…
10 LA
RENTREE D’OCTOBRE 1963 :
Tout d’abord
suite à une aide financière de la caisse de retraites des vétérinaires, ma mère
renonça à me faire passer l’examen des bourses, le harcèlement avait assez
duré.
Comme un
grand avec un an de plus que les autres secondes, le jour de la rentrée, je
pris le « carr de ramassage scolairre », dixit François
Grossières qui lui se glorifiait d’être le titulaire du « carr de
ligne », géré par la SERRAG.
Premier
cours : physique-chimie avec M.Casteignau sympathisant du parti
communiste. Avant de débuter son cours, il pose la question suivante : Y
a-t-il parmi vous des élèves venant de « ces cours
complémentaires ? » Nous étions environ une dizaine. Pour le
professeur certifié de lycée, il se moquait de ces PEGC anciens instituteurs
qui pour lui n’avaient le niveau pour enseigner la physique et la chimie.
Quand vient
mon tour, je dis Saint Sever privé. Il vociféra et dit « il ne
manquait plus que cela ».
Deuxième
cours, M. Godefroid professeur d’histoire et de géographie avec qui je
brillerai et qui me montra le chemin de l’université.
11 - DÉCEMBRE 1963 PREMIER BULLETIN TRIMESTRIEL
Ayant eu des
cours de physique-chimie en 4ème et lors de ma première 3ème
au collège privé en section M prime, ma composition du premier trimestre fut
brillante 19/20. L’appréciation du proviseur Guinez fut : « il ne
suffit pas de travailler en physique pour être un jour bachelier ».
Et
logiquement en seconde, j’obtiens le 1er prix de géographie,
d’anglais seconde langue et un accessit en physique-chimie. Les autres
appréciations du proviseur furent normales.
12
BACCALAURÉAT MATH ELEM OBTENU A 20 ANS
Puis en
première et terminale mon rendement intellectuel va diminuer au fur et à mesure
que mon activité amoureuse s’accroît. Très mauvais en français et en philo et
nul en biologie, je ne pouvais passer ni le bac philo, ni le bac science ex. Il
ne me restait plus que le bac math élem.
Très moyen
en math (coef. 4), doué en physique (coef. 3), nul en philo (coef 2) et
médiocre en espagnol (coef 1), je suis recalé en juin et en septembre 1966.
En
redoublant, la situation empira dans mes matières faibles et à l’inverse, je
m’éclate en physique, en géographie et en histoire. Mme Lucette Godefroid,
prof. de biologie, alias Pepsine (de pepsine), un jour me dit : « Vous
vous moquez de moi, vous êtes dernier dans ma classe et premier avec mon
mari » alias Pépone (de peptone).
A 15 jours
de mes 20 ans, j’obtiens enfin le bac math élem, sans mention avec 8 en math.et
16 en physique-chimie.
Ainsi par la
faute de la guerre scolaire et par la mienne, j’ai perdu 2 ans de carrière
professionnelle. Ces 2 ans obligèrent ma mère qui avait des capitaux
immobiliers et peu de revenus à vendre des terres pour que nous vivions. Merci
les pédagos-socialos-anticléricaux.
13 QUELLE
FACULTE CHOISIR ?
En faculté,
intellectuellement, je ne pouvais me lancer que dans 2 branches :
physique-chimie ou géographie. Le « hic » en physique-chimie seules 3
absences en travaux pratiques étaient autorisées alors qu’en géographie les
T.P. n’étaient pas obligatoires.
Avec des
capitaux immobiliers donnant peu de revenus et sans véhicule, je me suis
orienté vers la géographie car j’étais « pion » d’internat. Inscrit à
la fac de Pau et au téléenseignement, j’avais l’aide de collègues pions et
d’amis pour ma rendre à la Villa Formose à Pau. Je n’ai pu acheter une Simca
1000 qu’en mars 1968.
14
PARCOURS UNIVERSITAIRE SANS REDOUBLEMENT ET SANS PROBLEME
2 ans à Pau
puis je m’exile à Bordeaux car Pau ne possédait à l’époque que le 1er
cycle. Je sors en octobre 1971 avec mention bien à la maîtrise de géographie
urbaine et d’aménagement du territoire.
15 MA
« PIONIQUE »
Je suis
nommé au L.T.N. d’Aire en septembre 1967. En septembre 1968, j’arrive au lycée
Victor Duruy où je travaille sous les ordres du proviseur Guinez.
PORTAIL GRAND OUVERT POUR
MOI ET MON AUTO
Très vite,
je deviens le pion qui établit les emplois du temps des collègues. Ma carrière
de pion est complète 7 années scolaires avec le service national à la B.A. 118
voisine du 1er août 1972 au 31 juillet 1973.
Le 1er
octobre 1975, je rentre stagiaire comme agent de bureau à la mairie de Saint
Sever. Jean Marie Commenay m’avait dit, « Je t’embauche quasiment au
SMIC mais tu passeras les concours et les examens professionnels et je te
nommerai ».
Le 8 juillet
2008, je partis à la retraite dans le cadre des attachés territoriaux. Cela est
une autre histoire. Je dis merci à Maître Commenay et à Jean Pierre Brethes.
Vous remarquez que je n’évoque pas le maire de 2001 à 2014.
Maintenant,
vous comprenez pourquoi, j’ai toujours lutté politiquement contre les laïcards,
anti-cléricaux de la défunte SFIO formés à l’EN de Dax.
Yan Pau Farbos
Gascoun Cap e Tout